Par Pao, MAO Maker · Essai présenté le 11 octobre 2026.
Aujourd’hui, je teste deux systèmes d’écoute Neumann : les KH 310 II, les nouvelles enceintes trois voies de la marque, et les KH 120 II, un modèle deux voies plus compact. Mon objectif : entendre plus clairement ce que je dois corriger dans mes morceaux. Mais est-ce le passage à trois voies qui va le plus m’aider, ou le réglage de l’écoute dans ma pièce ? Pour le savoir, je compare les deux paires avec la calibration MA 1.
Le terrain d’essai, c’est mon home studio : une pièce d’environ 9 m², de 3,30 × 2,80 m, avec 2,50 m sous plafond. Je suis installée face au mur le plus long, à environ 87 cm des enceintes. Ici, je ne peux pas installer le traitement acoustique que j’avais dans mon ancien studio, et le grave me pose problème.
Cette configuration change la façon d’aborder le test : si la pièce exagère les basses, comment savoir ce qui vient des enceintes et ce qui vient des murs ? Avant de comparer ce que j’entends, il faut séparer ces deux influences. Commençons par ce que les deux modèles font différemment.
Je remercie Woodbrass et Neumann qui m’ont prêté le matériel pour faire cet essai.
Cet article contient des liens affiliés vers Woodbrass et Thomann. Voir les configurations et la mention d’affiliation.
Deux voies ou trois voies : qui reproduit quoi ?
Sur une enceinte deux voies, un haut-parleur reproduit le grave et une partie du médium, tandis que le tweeter prend le relais dans les aigus. Le même haut-parleur doit donc restituer à la fois les basses et une partie du corps des voix ou des instruments.

Une enceinte trois voies répartit le spectre entre un boomer pour le grave, un haut-parleur dédié au médium et un tweeter pour les aigus. Chaque haut-parleur travaille sur une bande plus ciblée. Attention : une voix, un kick ou une caisse claire contiennent plusieurs fréquences. Un instrument entier n’est pas envoyé à un seul haut-parleur.

Avec les KH 310 II, j’entends rapidement que ma snare et mon clap sont trop en avant. Ce détail compte davantage pour moi qu’une liste de caractéristiques : il m’aide à décider quoi corriger dans mon morceau.
Trois voies ne veut pas dire automatiquement meilleur choix. La qualité de la conception, ta distance d’écoute, ton niveau de travail et l’acoustique de ta pièce restent déterminants. Mon essai compare deux modèles précis dans une installation précise.
Le médium dédié donne donc une première piste pour comprendre ce que j’entends. Mais le nombre de voies n’explique pas tout : les deux modèles ne produisent pas non plus le grave de la même façon.
Enceinte close et bass-reflex : l’autre différence
La KH 310 II est une enceinte close, sans évent. La KH 120 II utilise une conception bass-reflex, avec des évents à l’avant. Ce sont deux façons de gérer la restitution du grave, distinctes du nombre de voies.
Sur l’image, les ouvertures en façade de la KH 120 sont les évents. La Focal Shape 65 utilise une autre solution : des radiateurs passifs sur les côtés, sans évent.

Dans mon essai, le kick me semble s’arrêter plus nettement sur la KH 310 II. Sur la KH 120 II, je perçois un peu plus de traîne. Pour une écoute plaisir, cela me gêne peu ; pour juger comment le kick et la basse s’articulent, je préfère la précision que j’entends sur la 310. Ce ressenti ne permet pas de classer toutes les enceintes closes devant toutes les bass-reflex.
Ce qui change avec la KH 310 II

Cette version conserve le principe trois voies et le médium à dôme de la précédente KH 310 A, mais elle intègre notamment une nouvelle amplification et un DSP. Ce processeur gère le filtrage et permet la correction avec le système Neumann MA 1 directement dans l’enceinte. Les évolutions de conception sont décrites sur la fiche fabricant de la KH 310 II.
Cette correction intégrée m’intéresse pour retrouver des repères fiables sans ajouter un plug-in dans mon logiciel de musique. Mais avant de lui demander de corriger quoi que ce soit, il reste un problème : dans mon studio, le son des enceintes n’arrive pas seul à mes oreilles.
Dans mon home studio, le premier problème vient de la pièce
Dans mes 9 m², les murs et le bureau font aussi partie de ce que j’entends. Les petites mousses au mur ne suffisent pas à traiter les problèmes dans le grave.
Le son arrive directement des enceintes, puis se réfléchit sur les parois. Selon la fréquence et ma position, ces ondes se renforcent ou s’atténuent : c’est ce que représentent les bosses et les creux de l’animation.
Je peux alors confondre un défaut de mon écoute avec un défaut du morceau. Cette modélisation aide à comprendre le phénomène ; ce n’est pas une mesure complète de ma pièce.
J’en suis arrivée à travailler essentiellement au casque. Si tu te reconnais dans cette situation, retrouve aussi mes essais de casques ouverts pour le mixage.
Si je corrige mon morceau pour compenser la pièce, je risque donc d’abîmer un équilibre qui était bon au départ. Le premier levier, avant même le logiciel de calibration, c’est l’installation.
Avant la calibration, vérifier le placement
Le triangle d’écoute

Place les enceintes et ta tête aux trois sommets d’un triangle : les distances doivent être similaires. Garde une distance similaire aux murs latéraux, à gauche comme à droite.
Vérifie aussi ton recul. Pendant mon essai, je suis à environ 87 cm des enceintes. La distance recommandée dépend du modèle : ces trois repères doivent s’adapter à ton installation.
Les réglages à l’arrière de l’enceinte peuvent atténuer une tendance générale, par exemple un excès de grave près d’un mur. En revanche, ils ne ciblent pas nécessairement l’accident précis qui me gêne à une fréquence donnée. C’est là que la mesure devient utile.
Même le guide d’onde, qui aide à orienter la diffusion du son, ne fait pas disparaître ces réflexions. Je sais que mon grave pose problème, mais à l’oreille seule, difficile de savoir précisément où et à quel point. C’est ce que les mesures vont rendre visible.
Calibration MA 1 : ce que je découvre autour de 115 Hz
Pour mettre des chiffres sur ce que j’entends, j’utilise le MA 1. Ce système associe un microphone de mesure et un logiciel. Les enceintes et l’ordinateur sont reliés en réseau pour le contrôle. Le logiciel guide les positions du micro autour de la zone d’écoute, mesure chaque enceinte, puis calcule les corrections. Les réglages sont ensuite mémorisés dans les enceintes compatibles.

Sur les courbes présentées pendant mon essai, je relève une forte bosse d’environ 11 dB vers 115 Hz et un creux autour de 85 Hz. Ce sont les résultats de mon installation, pas la réponse universelle de ces enceintes.

Imagine la conséquence : si ma pièce exagère cette zone du grave, je risque de baisser le kick ou la basse pour retrouver un équilibre chez moi. Sur un autre système qui n’a pas ce défaut, mon morceau peut alors manquer de grave. Le problème n’est pas forcément mon EQ : c’est l’information sur laquelle je prends ma décision.
La mesure explique donc pourquoi je peux me tromper en réglant ma basse. Reste la question utile pour le mix : une fois cette bosse atténuée, est-ce que je distingue mieux ce qui se passe dans le morceau ?

Après calibration, la bosse est nettement atténuée. La réponse reste accidentée, mais l’équilibre est beaucoup plus exploitable pour moi. À l’écoute, le bas du spectre devient plus lisible, je distingue mieux le rebond du kick et les petites nuances de la stéréo. Je fais cet essai sans caisson de basses.
Je remarque aussi des problèmes que je dois reprendre dans le mix : une snare trop forte, des éléments trop présents dans le médium, un kick moins défini que ce que je croyais. La correction ne mixe pas à ma place ; elle m’aide à mieux entendre ce que je dois travailler.
Pourquoi cette intégration me plaît
Avec mes précédentes expériences de correction par plug-in, j’ai du mal à retrouver une écoute naturelle et à gérer l’activation ou la désactivation dans mon logiciel. Ici, une fois l’alignement enregistré dans l’enceinte, je n’ai plus ce plug-in à gérer dans ma session. C’est un avantage pratique important dans ma façon de travailler.
Ce que la calibration ne règle pas
Elle est calculée pour une installation et une zone d’écoute. Si je déplace les enceintes ou change sensiblement de position, il faut revoir les mesures. Elle ne remplace pas le traitement acoustique et ne transforme pas une pièce réverbérante en régie.
Un creux profond lié à une annulation acoustique ne se résout pas simplement en ajoutant du niveau. Ma courbe corrigée conserve d’ailleurs un creux. Placement, traitement quand il est possible, puis calibration : ces moyens se complètent.
Attention : les captures montrent les courbes présentées pendant l’essai, dont le résultat affiché par le logiciel. Elles ne constituent pas un banc de mesure indépendant ni la preuve d’une réponse parfaite partout dans la pièce.
La calibration apporte donc déjà un changement important. Une question reste ouverte : une fois chaque paire corrigée, qu’est-ce que les KH 310 II m’apportent encore face aux petites KH 120 II ?
KH 310 II face aux KH 120 II : mes trois différences au mix
Je teste également les KH 120 II dans la même pièce, avec leur propre calibration. Elles sont plus compactes et leur grave me surprend : dans cette installation, je peux envisager de travailler avec elles sans ressentir immédiatement le besoin d’un caisson.

Avant correction, je retrouve des accidents proches avec les deux paires. Cela montre le poids de la pièce et du placement dans mon résultat. Changer d’enceintes ne fait donc pas disparaître à lui seul le problème.
Après calibration, les deux écoutes ne deviennent pourtant pas identiques. Sur mes morceaux, les différences qui comptent concernent surtout la profondeur du grave, la lecture du médium et la tenue du kick. Voici comment elles se traduisent dans mon travail.
| Ce que j’écoute | KH 310 II | KH 120 II |
|---|---|---|
| Profondeur du grave | Je perçois davantage d’extension et d’informations dans le bas. | Le grave me paraît déjà convaincant pour leur format, avec moins d’extension. |
| Lecture du médium | Je repère plus facilement la snare et le clap trop en avant. | Ces excès me sautent moins aux oreilles pendant ma comparaison. |
| Tenue du kick | Je ressens un arrêt plus net, utile pour travailler le couple kick-basse. | Je perçois un peu plus de traîne, sans que cela annule l’intérêt de cette écoute. |
| Installation | Le gabarit et le recul disponible demandent davantage d’attention chez moi. | Le format s’intègre plus facilement dans mon petit espace. |

Ces différences restent mon ressenti sur mes morceaux et dans ma pièce. Je ne présente pas cet essai comme une comparaison en aveugle ou comme une mesure isolant le seul effet du nombre de voies.
Pour situer le modèle compact, Neumann annonce une réponse de 44 Hz à 21 kHz à ±3 dB et recommande une distance d’écoute de 1 à 2 mètres pour les KH 120 II. Ces données constructeur ne sont pas mes propres mesures : voir la fiche officielle KH 120 II.
Si ta musique demande un contrôle précis de l’extrême grave, un caisson peut être pertinent. Mais il ajoute aussi une source à placer, à régler et à intégrer dans la pièce. Ce n’est pas un achat automatique, y compris avec les KH 310 II.
Je gagne donc des détails avec les KH 310 II, mais les KH 120 II restent convaincantes dans mon petit espace. Pour choisir, il faut maintenant revenir à la question de départ : qu’est-ce qui m’aide réellement à prendre de meilleures décisions de mix ?
Ce que je retiens pour choisir mes enceintes
À la question « trois voies ou calibration, qu’est-ce qui m’aide le plus ici ? », ma réponse est : le plus gros changement vient de la calibration. Elle rend mon écoute plus exploitable dans cette pièce. Les KH 310 II m’apportent ensuite une précision supplémentaire dans le médium et le grave. Les deux bénéfices se complètent : les détails d’une enceinte ne dispensent pas de comprendre ce que la pièce ajoute au son.
Si j’avais une pièce plus grande qu’aujourd’hui et la possibilité d’installer les KH 310 II avec suffisamment de recul, c’est vers elles que je me tournerais sans hésiter. J’envisagerais aussi de les compléter avec un caisson de basses. Dans mon studio actuel, les KH 120 II restent une option très intéressante pour leur compacité et leur rendu déjà convaincant sans caisson dans les conditions de cet essai.
Avant de choisir : trois vérifications chez toi
- Mesure ton recul réel. La surface de la pièce ne suffit pas : note la distance entre tes oreilles et les enceintes, ainsi que les positions possibles.
- Écoute des morceaux que tu connais. Repère ce qui change quand tu ajustes légèrement le placement ou ta position. Une basse qui varie fortement mérite une investigation acoustique.
- Raisonne en système complet. Prévois le placement, les supports, le traitement possible et, si elle est adaptée, la calibration. Compare à un niveau d’écoute proche avant de conclure.
Si tu manques de place, la compacité des KH 120 II mérite ton attention. Si ton installation et ton budget permettent les KH 310 II, leur lecture du médium est un vrai point fort dans mon essai. Dans les deux cas, je commencerais par vérifier l’installation plutôt que de choisir uniquement sur « deux voies » ou « trois voies ».
Juste après, je te présente les configurations que je te conseille selon ton studio, la place dont tu disposes et ce que tu veux entendre plus précisément dans tes mix. Tu peux aussi retrouver mon essai dans la vidéo originale. Pour poser les bases de ton installation, tu peux aussi lire mon guide pour équiper ton premier home studio.
Et chez toi, qu’est-ce qui te gêne le plus : le grave, le médium ou un mix qui change trop d’un système à l’autre ? Dis-moi quelles enceintes tu utilises, les dimensions de ta pièce et ton recul d’écoute.
Mon conseil selon ta configuration
Peu de place : une écoute compacte
La configuration la plus compacte de cette sélection : le pack Neumann KH 80 avec MA 1 chez Woodbrass. Si tu envisages un système avec caisson, Thomann propose aussi le pack KH 80 + KH 750 DSP + MA 1.
Petit home studio : explorer davantage le grave
Les KH 120 II chez Woodbrass sont la piste que je retiens pour un petit espace, à associer au MA 1. Chez Thomann, tu peux retrouver le pack KH 120 II Black Edition avec MA 1. Pour la bass music, le KH 750 DSP est une option à envisager selon le grave à contrôler et les possibilités de placement.
Autre configuration à explorer : le pack KH 150 blancs avec MA 1 chez Thomann. Ce modèle n’a pas été comparé aux deux paires dans cet essai.
Trois voies : davantage de précision dans les médiums
Si ton installation et ton budget le permettent, les KH 310 II sont les enceintes avec lesquelles je perçois le plus de détails dans ce test. Retrouve les deux versions chez Woodbrass : KH 310 II R, côté droit et KH 310 II L, côté gauche. Pense à distinguer les deux références pour constituer ta paire.
Compléter les KH 310 II dans le bas du spectre
Même avec des enceintes qui descendent déjà bas, un caisson peut être pertinent selon ta musique, le niveau nécessaire et ton studio. Le KH 750 DSP permet d’envisager une solution compacte ; le KH 805 II est une piste pour davantage de réserve dans les basses fréquences. Le choix dépend du système complet, pas seulement de la place disponible.
Pour les configurations compatibles, je recommande fortement d’utiliser le Neumann MA 1. Vérifie s’il est déjà compris dans le pack choisi.
Liens affiliés : les liens vers Woodbrass et Thomann présents dans cet article sont affiliés. Si tu achètes en passant par ces liens, je peux recevoir une commission. Alors d’avance, merci à tous ceux qui penseront à passer par ces liens pour soutenir mon travail et les contenus MAO Maker.
Sources : mon essai filmé des KH 310 II, KH 120 II et MA 1, publié le 11 octobre 2026 ; fiches fabricant liées dans l’article, consultées le 22 octobre 2026. Les impressions d’écoute concernent les conditions de cet essai. Les conseils de placement et les précisions de lecture des courbes complètent le récit pour éviter les généralisations.








